J’avais si peur de la mort

Après la mort du premier bébé d’un jeune couple, la rencontre avec un prêtre a changé leur vie.


Leur parcours

Corinne

JPEG « Cinq heures après mon accouchement, le médecin m’a annoncé que mon bébé était en train de partir. J’avais beau savoir que ma grossesse était à risque, je croyais en mon petit Jimmy. La mort de son bébé, rien ne nous y prépare.

A l’hôpital, un prêtre nous a demandé si on souhaitait une célébration religieuse pour notre bébé. Pour moi, c’était une évidence. J’avais été baptisée petite mais n’avais pas reçu d’éducation religieuse. Dans la tradition familiale, quand on meurt, il doit y avoir une cérémonie à l’église, même sans être croyant.

Avant les obsèques de Jimmy, le prêtre du village nous a contactés pour venir nous rencontrer. Je n’en avais aucune envie et voulais être seule avec mon chagrin. Il a un peu insisté et nous l’avons reçu. A mon grand étonnement, ce prêtre était jeune et tout simple Une question nous obsédait : pourquoi faire naître un bébé s’il meurt juste après ? Il ne nous a pas donné de réponse mais lui parler nous a fait beaucoup de bien.

Après les obsèques, j’ai vécu dans un brouillard, vivant par automatisme et ne supportant plus de voir des enfants. Le prêtre est venu prendre de nos nouvelles et j’y ai été très sensible.

Olivier

JPEG « Jusqu’à mes 33 ans, je n’avais pas entendu parler de Dieu. J’ai été baptisé par tradition mais la religion était absente de nos vies et on s’en passait très bien. Une seule chose me faisait peur, m’empêchant parfois de dormir : la mort et l’idée qu’il n’y avait rien ensuite. C’est affreux « rien » quand on y pense. Cette peur de la mort me poussait à profiter de la vie.

Corinne est tombée enceinte et la grossesse fut difficile, en raison d’une maladie du sang tardivement détectée. Notre bébé, Jimmy, est né à 27 semaines et mort 5 heures plus tard, sans que j’aie pu le voir vivant. Nous étions sous le choc. A l’hôpital, un prêtre nous a accompagnés.

Puis, le prêtre de notre village, ayant appris la mort de notre bébé, nous a proposé son aide. Je voulais surtout savoir où était mon fils à présent car j’avais peur de ne jamais le revoir. Le prêtre nous a écoutés, sans préjugés. Par des mots simples, il est parvenu à semer une once d’espérance en moi Après l’enterrement, nous sommes restés prostrés. Je n’avais de goût à rien et plus de projets. J’imagine que, pour Corinne, ce devait être pire encore car elle avait porté notre bébé sept mois. Cette épreuve nous a rapprochés. Le prêtre a proposé de revenir nous voir et nous avons été très sensibles au fait qu’il se soucie de nous.

Le parcours Alpha

Un jour, le prêtre nous a envoyé une invitation pour assister à une soirée Alpha. Le thème « la religion, fausse ? A côté de la plaque ? » nous interrogeait et nous avons accepté pour faire plaisir au prêtre. Il est certain que sans la mort de notre bébé, nous aurions été moins sensibles à cette invitation.

A notre arrivée, il y avait beaucoup de monde et nous ne nous sentions pas à l’aise, mais nous avons tout de suite été accueillis par le prêtre. Je n’ai pas été emballée par cette première soirée mais mon mari a insisté pour y retourner, espérant trouver des réponses à sa peur de la mort. Le parcours nous a rapidement permis de lier des amitiés très fortes et d’avancer sur la question de la souffrance qui nous taraudait.

Lors d’un week-end, j’ai été bouleversée car l’ambiance me rappelait les funérailles. Une responsable, Maïté, est venue à ma rencontre et m’a fait mesurer la différence entre espoir et espérance. Cette discussion a été très forte et m’a fait beaucoup de bien.

A la fin du parcours, nous nous sommes interrogés sur la suite à donner. On nous a proposé de recommencer un parcours. Nous y avons fait notre chemin, tout en douceur et j’ai retrouvé le sourire. Les gens d’Alpha devenaient plus que des amis, un peu comme une famille. Leur accueil et leurs qualités humaines m’ont donné envie d’être comme eux et d’avoir une vie plus simple. »

Le prêtre qui nous avait aidés pour l’organisation des obsèques nous a conviés à une soirée. Nous avons accepté par politesse et parce que le thème « la religion, ennuyeuse ? Fausse ou à côté de la plaque ? » correspondait bien à l’idée que j’en avais.

L’accueil a été très chaleureux et le prêtre nous a présentés à tout le monde ; j’ai apprécié qu’aucune question indiscrète ne nous ait été posée. La soirée m’avait plu et je sentais que je pouvais avoir des réponses sur ma peur de la mort. Au fur et à mesure des rendez-vous, j’entrevoyais que, même dans la souffrance, on pouvait espérer. En discutant avec les autres, je m’apercevais que nous n’étions pas seuls à vivre des choses difficiles.

Lors d’un week-end, quelque chose de fort s’est passé pour Corinne et elle a été soudainement soulagée, apaisée. J’étais heureux qu’elle ait retrouvé une certaine sérénité. Pour ma part, j’avais moins peur et l’idée que je reverrais peut-être mon fils, faisait son chemin.

J’avais encore des questions en suspens sur la mort et la souffrance. Aussi, quand on nous l’a proposé, nous avons accepté de suivre un autre parcours. Nous avons créé des liens très forts avec certaines personnes d’Alpha. Plus nous avancions dans le parcours, moins j’avais de doutes. La certitude de revoir Jimmy se dessinait et me donnait des ailes !

Et depuis

« Dix-huit mois après la mort de notre bébé, le désir d’un deuxième enfant a germé. Avec Maïté, Corinne a formé un groupe de prière de mères. Nous n’étions plus seuls et avons vécu cette grossesse dans la paix. La vie prenait un sens. Après la naissance d’Angelina, nous avons décidé de nous marier. C’est peut-être là que nous nous sommes sentis vraiment chrétiens. C’était une évidence, nous ne pouvions laisser Dieu à part. Il devait être au centre de notre vie de couple. Aujourd’hui, nous voulons continuer à grandir dans la foi, tout doucement mais sûrement. »

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